En bref
Niché dans les montagnes de Boyacá, à quelques kilomètres de la charmante ville historique de Villa de Leyva, le Sanctuaire de Faune et de Flore d’Iguaque est un véritable trésor naturel, riche en biodiversité et en histoire culturelle. Ce lieu enchanteur est célèbre pour son páramo, l’un des écosystèmes les plus précieux de la planète, ainsi que pour la lagune d’Iguaque, un site sacré selon la mythologie muisca, considérée comme le berceau de l’humanité dans leurs légendes.
Explorer ce sanctuaire, c’est bien plus qu’une simple randonnée à travers des sentiers bordés de frailejones et de paysages à couper le souffle. C’est une occasion unique de se connecter à la nature et aux traditions ancestrales qui voient en ce territoire un espace spirituel. L’ascension vers la lagune, située à plus de 3 600 mètres d’altitude, représente un défi pour les aventuriers, mais la vue spectaculaire au sommet vaut chaque effort.
Idéal pour les passionnés d’écotourisme, le Sanctuaire d’Iguaque allie biodiversité, histoire et défi physique, incitant à la réflexion et à la préservation de l’environnement.
Sanctuaire Iguaque
- Département : Boyacá (Andes)
- Création : 1977
- Superficie : 6 750 hectares
- Altitude : 2 400 à 3 800 m
- Écosystèmes : forêts andines et subandines, páramos
- Climat : Tempéré et froid
- Accès depuis Villa de Leyva
Notre avis : un challenge physique pour trouver la paix ★
Un regard sérieux. Voilà ce qui nous a accueillis lorsque nous avons confié à notre hôte de Villa de Leyva notre envie de randonner dans le Sanctuaire d’Iguaque. Et pour cause : atteindre la laguna Iguaque n’est pas une promenade de santé. Le sentier, entièrement en montée puis en descente, serpente à travers un terrain parfois accidenté et exigeant. Ce n’est pas une aventure à prendre à la légère, et mieux vaut être préparé physiquement pour relever ce défi. Si les panoramas ne rivalisent peut-être pas avec l’immensité de Chingaza ou la splendeur d’El Cocuy, Iguaque a un charme qui lui est propre : celui d’un sanctuaire préservé et peu fréquenté. Lors de notre passage, seuls six randonneurs avaient tenté l’ascension ce jour-là. Pour les amoureux de défis physiques et de nature, c’est une immersion hors des sentiers battus, au cœur d’un écosystème unique : le páramo andin. Une expérience à ne pas manquer, surtout si tu as quelques jours pour explorer les merveilles autour de Villa de Leyva.
Quand visiter le Sanctuaire d’Iguaque ?
Après plusieurs années de fermeture, Le Sanctuaire d’Iguaque à réouvert en septembre 2024. Le Sanctuaire d’Iguaque est désormais ouvert sans interruptions tout au long de l’année, contrairement à des parcs comme Tayrona qui ferment parfois. La saison idéale pour visiter Iguaque est de décembre à mars, pendant la saison sèche, où les précipitations sont rares. Néanmoins, le sanctuaire est accessible toute l’année, mais d’avril à novembre, durant la saison humide, il y a des averses fréquentes et plus de brouillard.
Fréquentation touristique au Sanctuaire d’Iguaque
La fréquentation touristique au Sanctuaire d’Iguaque reste relativement faible, ce qui en fait une destination idéale pour les amateurs de nature en quête de tranquillité. Contrairement à d’autres sites touristiques plus populaires, ce sanctuaire est encore préservé du tourisme de masse. En semaine, le nombre de visiteurs est particulièrement réduit, avec parfois seulement quelques randonneurs sur les sentiers. Même le week-end, l’affluence reste modérée, bien qu’un peu plus élevée, notamment en saison sèche et pendant les vacances. Cette faible fréquentation s’explique par la difficulté de la randonnée jusqu’à la laguna Iguaque, qui exige une bonne condition physique et une certaine préparation.
Climat au Sanctuaire d’Iguaque
Le climat du Sanctuaire d’Iguaque est typique des écosystèmes de páramo, caractérisé par des températures fraîches et des variations climatiques soudaines. Situé entre 2 400 et 3 800 mètres d’altitude, il présente des températures moyennes qui oscillent entre 5 et 15 °C tout au long de l’année. La saison sèche, de décembre à mars et de juillet à août, offre des conditions plus favorables pour la randonnée, avec moins de pluie et des journées généralement ensoleillées. Cependant, même durant cette période, le climat reste imprévisible, et des averses soudaines ou des vents froids peuvent survenir. En saison humide, d’avril à juin et de septembre à novembre, les précipitations sont plus fréquentes, accompagnées d’un brouillard dense qui peut réduire la visibilité. Les sentiers deviennent également plus glissants et exigeants. Il est recommandé de s’habiller en couches, avec des vêtements imperméables et chauds, et de toujours prévoir une protection contre la pluie, et le soleil, quelle que soit la saison.
Mieux connaître Le Sanctuaire Iguaque
Le Sanctuaire de Faune et de Flore d’Iguaque (Santuario de Fauna y Flora Iguaque en espagnol) est l’un des trésors écologiques les plus importants de la Colombie. Situé dans le département de Boyacá, ce sanctuaire fait partie du Système des Parcs Nationaux Naturels de Colombie et est reconnu pour sa richesse historique, culturelle et environnementale. Nous explorerons ici l’histoire, la géographie, l’écosystème, la flore, la faune et le tourisme qui entourent ce lieu peu connu des voyageurs.
Histoire
Le Sanctuaire de Faune et de Flore d’Iguaque a une profonde importance culturelle pour les communautés indigènes Muiscas, qui considéraient la lagune d’Iguaque comme un lieu sacré.
Selon la mythologie muisca, Bachué, dont le nom en langue chibcha signifie « celle qui a le sein nu », est une déesse mère vénérée comme l’origine de l’humanité. La légende raconte qu’elle émergea majestueusement des eaux du lac sacré d’Iguaque, portant dans ses bras un bébé. Cet enfant, en grandissant, devint son époux, et ensemble, ils peuplèrent la Terre, donnant vie aux premiers humains.
Bachué était honorée dans un temple situé sur les terres de l’actuelle municipalité de Chíquiza, autrefois connue sous le nom de San Pedro de Iguaque. Son histoire, empreinte de mystère et de spiritualité, relate qu’après avoir accompli sa mission de mère fondatrice, elle et son époux, identifié au dieu perroquet, se transformèrent en serpents et retournèrent dans les profondeurs de la lagune sacrée.
Bachué est d’ailleurs le nom officiel du sentier de randonnée menant à la Laguna Iguaque.
Le sanctuaire a été déclaré zone protégée le 02 mai 1977 dans le but de préserver ses écosystèmes uniques, qui incluent des forêts andines et des páramos, ainsi que les espèces de flore et de faune qui en dépendent.
Géographie
Le sanctuaire d’Iguaque s’étend au cœur de la cordillère Orientale des Andes, dans le département de Boyacá, en Colombie, à une altitude variant entre 2 400 et 3 800 mètres. Cette diversité d’altitudes crée une mosaïque unique de paysages et d’écosystèmes, allant des forêts andines jusqu’aux vastes étendues de páramo, un écosystème typique des régions tropicales d’altitude et considéré comme l’un des plus importants au monde en termes de services environnementaux.
Le sanctuaire est centré autour de la lagune d’Iguaque, un lac d’origine glaciaire situé à environ 3 650 mètres d’altitude. Ce plan d’eau sacré, bordé de montagnes couvertes de végétation, incarne le cœur spirituel et écologique de la région. La lagune est alimentée par les précipitations abondantes et joue un rôle essentiel dans le cycle hydrique local, en agissant comme une réserve d’eau pour les communautés et écosystèmes en aval.
La topographie du sanctuaire est marquée par des pentes abruptes, des vallées encaissées et des crêtes montagneuses. Ces reliefs, sculptés par des processus tectoniques et glaciaires, offrent des panoramas impressionnants sur la cordillère et abritent des microclimats variés qui favorisent une biodiversité exceptionnelle. Les sols de la région, souvent riches en matière organique, sont des réservoirs importants de carbone, jouant un rôle dans la lutte contre le changement climatique.

Écosystèmes
Le sanctuaire d’Iguaque est une véritable réserve écologique, où plusieurs écosystèmes coexistent en harmonie :
Forêts andines
Les forêts andines occupent les altitudes les plus basses du sanctuaire, entre 2 400 et 3 000 mètres. Ces forêts denses et verdoyantes abritent une grande diversité d’arbres, tels que le laurel, le chêne andin (Quercus humboldtii) et le yopo. Ces zones sont essentielles pour la faune locale, car elles offrent un abri et des ressources alimentaires à de nombreuses espèces animales, notamment des mammifères comme le puma et le tapir de montagne, ainsi qu’une grande variété d’oiseaux.
Écosystème de transition
Entre 3 000 et 3 200 mètres, on trouve une zone de transition où la forêt cède progressivement la place au páramo. Ce mélange de broussailles, d’arbustes et de plantes épiphytes illustre l’adaptabilité des espèces face aux conditions climatiques changeantes.
Páramo
Le páramo, qui domine les altitudes supérieures à 3 200 mètres, est l’écosystème le plus emblématique du sanctuaire d’Iguaque. Cet environnement, caractérisé par des températures basses, une forte humidité et une radiation solaire intense, abrite des plantes adaptées à des conditions extrêmes.
Flore
La végétation du sanctuaire d’Iguaque reflète la transition entre différents écosystèmes. À mesure que l’on gravit les altitudes, la flore change, offrant une mosaïque de paysages uniques.
Les altitudes basses et intermédiaires (2 400 à 3 000 mètres) sont couvertes de forêts denses, où les arbres atteignent des hauteurs impressionnantes. On y trouve des espèces comme le chêne andin (Quercus humboldtii), le laurel et divers arbres fruitiers sauvages. Ces forêts sont riches en plantes épiphytes, telles que les mousses, les lichens et les broméliacées, qui tapissent les branches des arbres et participent au maintien de l’humidité ambiante.
Dans les zones de transition, entre 3 000 et 3 200 mètres, les arbustes et broussailles dominent, avec des espèces résistantes comme les myrtilles andines et des plantes à fleurs colorées. Cette zone marque la frontière entre la forêt et le páramo.
Le páramo, qui s’étend au-delà de 3 200 mètres, est un écosystème emblématique du sanctuaire. Les frailejones (Espeletia), véritables symboles de cet environnement, y jouent un rôle clé. Ces plantes aux longues feuilles veloutées et disposées en rosette captent l’eau des brumes et des précipitations, la restituant lentement au sol, ce qui alimente les rivières en aval. À leurs côtés, on trouve des graminées, des mousses et des fougères qui tapissent le sol, ainsi que des orchidées de haute altitude, qui ajoutent une touche de couleur à ce paysage sauvage.
Autour de la lagune d’Iguaque et dans les zones marécageuses, on observe des plantes aquatiques et semi-aquatiques, adaptées aux sols gorgés d’eau. Ces végétaux, comme les joncs et les herbes hautes, contribuent à stabiliser les berges et à filtrer l’eau, maintenant ainsi la qualité des écosystèmes aquatiques.

Faune
La faune du sanctuaire est tout aussi diversifiée et fascinante. Les conditions variées des différents habitats permettent à une grande variété d’espèces animales de cohabiter.
Mammifères
Parmi les mammifères les plus remarquables, on trouve le cerf de Virgini (Odocoileus goudotti), le cerf de páramo (Mazama rufina), qui se déplace silencieusement dans les hautes prairies. Le renard andin (Lycalopex culpaeus), un prédateur opportuniste, est également un habitant fréquent du sanctuaire. Les tapirs de montagne, bien qu’évasifs, occupent les zones forestières, jouant un rôle crucial dans la dispersion des graines. D’autres espèces comme le marsupial andin et l’opossum, apportent une diversité supplémentaire à la faune locale. Récemment, le tigrillo (Leopardus tigrinus) et la martre à tête grise (Eira barbara) ont été enregistrés dans des pièges photographiques.
Oiseaux
Le sanctuaire d’Iguaque abrite une avifaune remarquable avec environ 173 espèces d’oiseaux répertoriées. Parmi elles, le guan des Andes (Penelope montagnii) se distingue comme le plus grand oiseau des forêts andines du site. Les colibris, avec 19 espèces présentes dans le sanctuaire, occupent une place importante. L’Inca noir (Coeligena prunellei), endémique des forêts montagnardes humides des départements de Santander, Cundinamarca et Boyacá, est étroitement associé aux forêts de chênes. D’autres colibris quasi endémiques, tels que Coeligena bonapartei, Eriocnemis cupreoventris et Chlorostilbon poortmani, ajoutent à la richesse biologique du sanctuaire. En outre, plusieurs espèces endémiques de la cordillère Orientale des Andes peuvent être observées, comme le bruant à sourcils blancs (Atlapetes albofrenatus) et le pic Melanerpes cf. formicivorus. Parmi les espèces quasi endémiques, on trouve également le troglodyte roux (Cinnycerthia unirufa), le paruline ornée (Myioborus ornatus), le tinamou de forêt (Nothocercus julius) et la colombine à front blanc (Zentrygon linearis).
Amphibiens et reptiles
Les amphibiens, particulièrement sensibles aux changements environnementaux, trouvent refuge dans les zones humides du sanctuaire. On y rencontre des grenouilles endémiques adaptées au froid, dont certaines sont en danger d’extinction. Les reptiles, bien que moins nombreux, incluent des espèces de lézards andins qui se camouflent dans les roches et les plantes basses.
Insectes
Les insectes jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes d’Iguaque. Les abeilles et autres pollinisateurs, par exemple, sont essentiels à la reproduction des plantes, tandis que les coléoptères et papillons contribuent à la chaîne alimentaire. De nombreuses espèces d’insectes présentes dans le sanctuaire sont endémiques et adaptées aux conditions spécifiques de chaque altitude.
Tourisme, menaces et conservation
Le tourisme au sanctuaire d’Iguaque a progressé lentement, surtout en comparaison avec d’autres zones protégées de la région. Bien que situé à proximité de la ville historique de Villa de Leyva, une destination touristique populaire, le sanctuaire reste relativement peu visité. Le parc propose plusieurs sentiers de randonnée, dont celui menant à la célèbre lagune d’Iguaque, un lieu considéré comme un pèlerinage spirituel par certains. Ce tourisme de nature se concentre sur l’observation de la faune et de la flore, ainsi que sur la randonnée écologique. Il est important de noter que l’accès à la zone a été interdit entre 2020 et 2024, officiellement en raison de l’état des infrastructures vieillissantes, mais aussi à cause de tensions avec certaines communautés locales.
Iguaque joue un rôle crucial dans la conservation de la biodiversité de la région et dans la gestion des ressources en eau, car les écosystèmes d’Iguaque agissent comme des réservoirs naturels d’eau pour les communautés et les villes avoisinantes.
Des efforts de conservation ont été mis en place pour protéger la faune et la flore, ainsi que pour sensibiliser les visiteurs à l’importance de préserver ce patrimoine naturel. Le parc organise des activités éducatives et des programmes de sensibilisation sur la nécessité de minimiser l’impact environnemental et de respecter les réglementations locales. De plus, les autorités locales collaborent avec des organisations de conservation pour surveiller les espèces endémiques et protéger les habitats sensibles.
Malgré les efforts de conservation, le sanctuaire d’Iguaque fait face à plusieurs menaces qui compromettent sa pérennité à long terme. Le changement climatique est l’une des principales préoccupations, affectant la stabilité des écosystèmes de páramo, extrêmement sensible. Ces changements peuvent entraîner une modification des habitats, une perte de biodiversité et une altération du cycle de l’eau.
De plus, les pratiques agricoles et l’expansion urbaine dans les régions avoisinantes exercent une pression sur les limites du parc. La déforestation, les incendies de forêt et l’exploitation illégale des ressources naturelles constituent des risques importants pour la préservation des habitats naturels.
Visiter Le Sanctuaire Iguaque
Notre expérience : une journée intense sur le sentier Bachué
L’aube viens de pointer que le réveil sonne déjà, marquant le début d’une longue journée. Il est à peine 07h lorsque nous montons dans un petit bus au terminal de Villa de Leyva, quittant temporairement ce charmant village colonial pour plonger au cœur de la nature brute : direction le Sanctuaire de la flore et de la faune d’Iguaque.
Le bus, modeste et exigu, serpente sur une route qui peu à peu se mue en un simple sentier. L’atmosphère est calme, presque solennelle. Nous sommes seulement quatre voyageurs à entreprendre cette aventure, accompagnés d’une employée du parc naturel, se rendant au travail, silencieuse, observant comme nous cette imposante chaîne de montagnes qui se dresse à notre droite. Bientôt, il faudra l’affronter.
Après quarante minutes de trajet, le véhicule s’arrête à un carrefour : la « Casa de Piedra ». Nous quittons le bus pour les trois derniers kilomètres à pied qui nous séparent du centre administratif du sanctuaire. Déjà, la route grimpe. Un avant-goût des 800 mètres de dénivelé qui nous attendent. Après trente minutes d’effort, nous arrivons enfin : quelques cabanes isolées, nichées au pied d’une dense forêt, loin de toute civilisation. S’ensuit une pause administrative avec inscription, paiement et briefing par un représentant du parc. (À noter qu’en 2019, date de notre randonnée, la présence d’un guide n’était pas encore obligatoire.)
Il est 09h. L’ascension commence. Nous avançons ensemble, mais rapidement, chacun trouve son propre rythme, créant des écarts, et la solitude s’installe. Le sentier débute en douceur : un chemin en bois semblable à un ponton traverse une forêt épaisse et silencieuse. Mais après quelques centaines de mètres, le défi commence. Les planches disparaissent, laissant place à un sentier abrupt de terre et de pierres. À partir de là, il n’y aura plus de répit. Nous avançons prudemment, économisant nos forces pour la suite. La forêt épaisse ne laisse entrevoir aucun repère, seulement des troncs, des racines glissantes et des pierres traîtresses. La montée semble interminable.
Après plus d’une heure d’effort, le décor change. La forêt dense cède sa place à une végétation plus basse : arbustes, buissons, et enfin, un horizon dégagé. Mais ce qui s’offre à nous est impressionnant : une pente raide qui semble ne jamais s’arrêter. Nous n’avions pas réalisé à quel point les 800 mètres de dénivelé allaient peser sur notre moral et notre souffle. À chaque pas, l’oxygène se fait plus rare, les pauses se multiplient. La brume et les nuages nous enveloppent, ajoutant une tension dramatique à notre avancée. Nous prions pour que la pluie nous épargne, tandis que nous progressons lentement sous une température heureusement clémente.
Puis, soudain, un mur de rochers. Le sentier semble disparaître. Mais non, il continue : il faut grimper, littéralement. Nous escaladons, utilisant autant nos mains que nos pieds pour franchir ces obstacles naturels. L’effort est intense, épuisant. Notre progression ralentit, mais enfin, une nouvelle transition s’opère : les premières frailejones apparaissent, signes que nous entrons dans l’écosystème unique du páramo. Devant nous, la crête du massif semble à portée de main, mais elle recule à chaque pas, comme un mirage inaccessible. La fatigue pèse lourdement, chaque cinquante mètres grimpés nécessitent une pause.
Puis, enfin, une délivrance : une portion plate. Après des heures de montée infernale, nous pouvons enfin marcher sans lutter contre la pente. Le paysage se dévoile sous une lumière spectrale, la brume ajoutant une aura mystique à ces montagnes andines. Le sentier, désormais de terre, monte et descend doucement. Nous nous laissons porter par cet instant de répit.
Autour de nous, les plantes du páramo surgissent entre les volutes de brume. Nous devinons que la Laguna Iguaque est proche. Quelques minutes encore… Et soudain, nous y voilà. Mais la météo ne nous fait pas de cadeau : une brume si dense recouvre la lagune que nous ne pouvons même pas en apercevoir l’autre rive. Après tant d’efforts, l’émotion est contrastée. Frustration d’avoir gravi une montagne pour ne rien voir, mais aussi une profonde humilité face à ce lieu sacré des Muiscas, jadis théâtre de cérémonies ancestrales. Le silence pesant, la solitude, la brume omniprésente… tout nous rappelle que nous sommes ici les invités d’une nature indomptable.
Vingt minutes de repos à contempler cette immensité voilée, puis il faut repartir. La descente commence. Et qui a dit que descendre était plus facile ? Après 2h30 de descente éprouvante, nous nous posons la question. Les genoux souffrent, les rochers sont traîtres, et les racines mouillées de la forêt, perfides. Nous trébuchons plus d’une fois. Nos corps sont en mode automatique, ne cherchant qu’à rejoindre l’arrivée. Quand enfin les pontons réapparaissent, un soulagement nous envahit. Encore quelques centaines de mètres, et nous retrouvons les cabanes du centre administratif, il est environ 14h30-15h.
Épuisés. Mais heureux. Heureux d’avoir relevé ce défi, d’avoir affronté un des sentiers les plus exigeants que nous ayons parcourus. Mais la journée n’est pas encore terminée : il nous reste trois kilomètres à marcher pour rejoindre la Casa de Piedra et attraper le bus de 16h qui nous ramènera à Villa de Leyva, où une douche chaude et un repas réconfortant nous attendent.
Iguaque n’est pas une randonnée pour les âmes sensibles. C’est un véritable défi, tant physique que mental. Un sentier rude, implacable, qui ne laisse aucun répit. Mais c’est aussi une immersion unique dans un écosystème exceptionnel, un voyage à travers le temps et l’histoire, jusqu’à un site naturel et culturel d’une importance inestimable pour les civilisations andines. Une expérience qui marque, à jamais.
Options de randonnées possibles
Le Sanctuaire Iguaque propose deux sentiers de randonnée. Le sentier Bachué, qui mène à la Laguna Iguaque, est le principal.
Au cours de la randonnée, ton guide (obligatoire) partagera de nombreuses informations sur la flore locale, expliquant le rôle crucial de chaque plante dans cet écosystème hostile. Tu découvriras également l’histoire des Muiscas, une civilisation qui occupait la région et vénérait plusieurs sites.
Les niveaux de difficulté mentionnés s’adressent aux randonneurs expérimentés, habitués aux terrains variés et aux dénivelés.
Sentier Bachué (Laguna Iguaque)
Le sentier Bachué constitue l’attraction phare du Sanctuaire de Faune et de Flore d’Iguaque, un lieu chargé d’histoire et de spiritualité niché au cœur de la nature andine. Long de 4,7 km, ce sentier relie le centre administratif de Carrizal à la lagune d’Iguaque, un site sacré selon la mythologie muisca. Le parcours, d’une durée d’environ 6 heures aller-retour, serpente à travers une richesse écologique exceptionnelle, incluant la forêt andine, la forêt alto-andine, et le páramo, un écosystème unique des hauteurs colombiennes.
Cette randonnée est particulièrement exigeante en raison du fort dénivelé et de certains passages nécessitant de grimper sur des rochers. La portion traversant la forêt peut devenir délicate par mauvais temps, avec des sols boueux et des racines glissantes rendant la progression plus difficile.
- Difficulté : élevée
- Distance : 9,4 km
- Dénivelé : +794 m
- Altitude maximale : 3 640 m
- Durée : 6h-7h
- Type : aller-retour
Sentier IE – SUE “Camino de las aves”
Le sentier IE-SUE s’étend sur 1,88 km et offre une expérience immersive d’environ 2 heures et 30 minutes, incluant des activités d’interprétation du patrimoine naturel et culturel. Le parcours débute au siège administratif de Carrizal, permettant aux visiteurs de traverser l’écosystème unique de la forêt andine, avec des arrêts marquants le long du ruisseau Carrizal. En chemin, les explorateurs découvrent l’auditorium ainsi que les vestiges historiques de la maison « Mamarramos », ajoutant une dimension culturelle à cette aventure en pleine nature.
- Difficulté : moyenne
- Distance : 1,88 km
- Dénivelé : +100 m
- Altitude maximale : 2 900 m
- Durée : 2h30
- Type : boucle

Prix & Horaires du Sanctuaire Iguaque
Comme pour toutes les zones naturelles protégées par le gouvernement colombien, un droit d’entrée est requis pour y accéder.
Horaires : les entrées se font entre 08h00 et 10h00.
Coût de l’entrée du Sanctuaire de la flore et de la faune d’Iguaque
Moyen de paiement : Espèces uniquement
| Visiteur | Tarif (par personne) |
|---|---|
| Colombien ou membre du CAN ou étranger résidant en Colombie | 25 000 COP |
| Étrangers | 72 000 COP |
| Voiture | 19 000 COP |
Réservation & Guide obligatoires
Réservation obligatoire
Une réservation préalable est indispensable pour visiter le sanctuaire. Pour effectuer cette réservation, il suffit d’envoyer un email à l’adresse suivante : iguaque@parquesnacionales.gov.co, ou bien de remplir le formulaire officiel. Veille à faire ta demande au moins 3 jours ouvrables à l’avance et à suivre les étapes indiquées.
Guide obligatoire
Lors de notre visite du Sanctuaire Iguaque en 2019, il n’était pas obligatoire d’être accompagné d’un guide.
Cependant, après une fermeture en 2020, le parc a rouvert ses portes en septembre 2024 avec de nouvelles règles. À présent, comme c’est le cas dans de nombreuses zones naturelles protégées, il est impératif d’être accompagné d’un guide certifié pour effectuer la randonnée, et le personnel à l’entrée veille scrupuleusement à cette exigence. Consulte la liste officielle des agences et guides indépendants agréés par l’administration du Sanctuaire Iguaque pour trouver un guide disponible.
Comment se rendre au Sanctuaire Iguaque ?
L’accès au Sanctuaire de la Faune et de la Flore d’Iguaque se fait uniquement par une entrée : le Centre administratif de Carrizal.
Depuis le village de Villa de Leyva, il faut se rendre au terminal de bus, et prendre un bus tôt le matin faisant le trajet jusqu’au village d’Arcabuco, mais il faudra descendre avant, à la « Casa de Piedra », en l’indiquant au chauffeur au préalable.
Il faudra ensuite marcher 3km sur un sentier pour atteindre le centre Carrizal.
Pour retourner à Villa de Leyva, une fois la randonnée terminée, il est impératif d’être présent à 16h00 au même arrêt de la Casa de piedra pour prendre le bus. Il n’y a pas d’autre bus.
| Compagnie de bus | Coomultransvilla |
| Départ | Terminal de bus de Villa de Leyva |
| Arrivée | Destination Arcabuco, mais arrêt à la « Casa de piedra » (demander au chauffeur de s’y arrêter au préalable) |
| Horaires départ | 06h00 et 07h00 |
| Durée | 40 minutes |
| Prix (aller simple) | 8 000 COP / personne |
Il est également possible de rejoindre le sanctuaire en louant un véhicule 4×4, car les derniers kilomètres se parcourent sur un sentier en pente. Un parking payant est disponible à l’entrée du parc.
Où dormir pour visiter le Sanctuaire Iguaque ?
Pour explorer le Sanctuaire d’Iguaque, la manière la plus pratique et évidente pour un voyageur est de partir depuis le magnifique village de Villa de Leyva.
Villa de Leyva
Villa de Leyva, l’un des villages les plus emblématiques de Colombie, allie beauté et richesse patrimoniale. Bien qu’il soit une destination touristique prisée, son charme intact mérite d’être exploré plus en profondeur. Facilement accessible depuis Bogotá, il offre l’occasion de s’y poser quelques jours, dont une journée dédiée à la découverte du Sanctuaire Iguaque.
Le village est idéal pour y passer la nuit, avec une large gamme d’hébergements : des auberges de jeunesse conviviales aux hôtels raffinés, tous dans l’authentique style colonial qui fait son caractère. Pour plus d’informations, consulte notre article complet sur Villa de Leyva et découvre tout ce qu’il y a à savoir !
EN SAVOIR PLUS

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Séjour génial au OFF Hostel : ambiance conviviale, chambres confortables, équipe aux petits soins et emplacement parfait pour explorer la ville et les environs.

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L’Hôtel Boutique El Carmel propose un séjour de charme avec des chambres élégantes, un jardin intérieur paisible, et un emplacement central pour explorer les attractions de la ville.
Remarques pour visiter Le Sanctuaire Iguaque
Réservation obligatoire
Il faut obligatoirement effectuer une réservation préalable. Pour l’effectuer, envoie un email à : iguaque@parquesnacionales.gov.co ou en remplissant le formulaire officiel, en respectant un délai minimum de 3 jours ouvrables, et en suivant les différentes étapes.
Guide obligatoire
Depuis septembre 2024, la randonnée dans le Sanctuaire d’Iguaque requiert la présence d’un guide agréé. Cette mesure a été mise en place pour préserver l’écosystème, assurer la sécurité des randonneurs et contribuer à la gestion durable du site.
Emmener de l’eau
Prends une quantité suffisante d’eau pour t’hydrater tout au long de ta journée, surtout si tu as tendance à beaucoup boire. Il n’y a aucun point de ravitaillement sur place, et la chaleur combinée à l’humidité peut rapidement augmenter tes besoins en eau.
Vêtements adaptés
Habille-toi en couches pour pouvoir t’ajuster facilement aux variations du climat, qui peut changer rapidement. Selon les conditions, tu pourras ajouter ou retirer des vêtements pour rester à l’aise, car il peut faire aussi bien chaud que froid.
Crème solaire + Lunettes de soleil
Bien que les températures restent relativement modérées grâce à l’altitude, les rayons ultraviolets sont particulièrement intenses lors des journées ensoleillées. Il est donc crucial de protéger sa peau contre ces rayons.
Imperméable (poncho, K-Way)
En montagne, le temps peut changer soudainement, et il est courant d’être surpris par la pluie, parfois intense. Il est donc important d’emporter un vêtement imperméable, comme un poncho ou un K-Way.
Altitude & Effort physique
Les sentiers du Sanctuaire Iguaque s’étendent entre 2 400 et 3 800 mètres d’altitude. Il est recommandé de progresser à un rythme tranquille et de boire régulièrement de l’eau pour éviter le mal aigu des montagnes. Cet espace naturel n’est pas conseillé pour ceux qui ne sont pas habitués à l’effort physique ou qui souffrent de problèmes de santé.
Respecter l’environnement
Sois respectueux envers la faune et la flore, en évitant de cueillir ou d’endommager les plantes, notamment les frailejones, qui jouent un rôle crucial dans l’écosystème du páramo. N’oublie pas d’emporter tous tes déchets avec toi, ton guide s’assurera de cela. De plus, l’entrée dans le parc avec des objets en plastique est interdite.


